Conductrice observant son SUV dans une allée résidentielle, réflexion sur l'assurance auto tous risques
Publié le 28 mars 2026
Vous payez votre assurance auto chaque mois, et pourtant une question vous taraude : êtes-vous vraiment couvert si les choses tournent mal ? J’ai reçu Marc il y a quelques mois, en larmes au téléphone. Son SUV rayé sur un parking, aucun témoin, et une franchise de 300 € qu’il n’avait jamais vue venir. « Mais j’ai le tous risques ! » répétait-il. Sauf que tous risques ne signifie pas « tout est remboursé ». La nuance, elle se cache dans les conditions générales que personne ne lit. Et c’est précisément ce piège que je veux vous éviter.

L’essentiel du tous risques en 30 secondes :

  • Le tous risques couvre vos dommages même quand vous êtes responsable (la vraie différence avec le tiers)
  • La franchise s’applique à chaque sinistre : comptez 150 à 500 € selon les contrats
  • Pertinent si votre véhicule vaut plus de 8 000 € environ
  • Délai de déclaration : 5 jours ouvrés maximum (2 jours pour un vol)

Ce qui va suivre n’est pas un cours théorique sur les garanties. C’est un guide terrain, basé sur les dizaines de dossiers de sinistres que j’accompagne chaque année. Vous allez comprendre ce qui est vraiment couvert, quand le tous risques devient superflu, et surtout les options qui valent leur prix (et celles qui relèvent du marketing pur).

Une chose me frappe systématiquement : les conducteurs confondent formule premium et protection absolue. La réalité est plus nuancée. Alors prenons les choses dans l’ordre.

Ce que couvre vraiment une assurance tous risques (et ce qu’elle ne couvre pas)

Soyons clairs dès le départ : le terme « tous risques » est un abus de langage commercial. Aucune assurance ne couvre littéralement tous les risques. Ce que vous achetez, c’est un socle de garanties élargi par rapport à la formule au tiers. La différence fondamentale ? Selon la fiche Service-Public.fr sur les garanties tous risques, ces garanties facultatives complètent l’assurance obligatoire pour couvrir les dommages subis par votre propre véhicule.

Concrètement, la garantie dommages tous accidents constitue le cœur du tous risques. Elle intervient même quand vous êtes responsable de l’accident, même si vous percutez un arbre seul un soir de pluie. C’est cette garantie qui justifie l’écart de prix avec le tiers.

Tous risques vs au tiers : ce qui change vraiment
Garantie Au tiers Tiers étendu Tous risques
Responsabilité civile ✓ ✓ ✓
Vol et tentative ✗ ✓ ✓
Incendie ✗ ✓ ✓
Bris de glace ✗ ✓ ✓
Dommages tous accidents ✗ ✗ ✓

Mais attention aux pièges. La garantie collision, souvent présente dans le tiers étendu, ne joue que si le tiers est identifié. Rayure sur parking sans témoin ? Refus d’indemnisation. C’est exactement ce qui est arrivé à Marc, que j’ai accompagné après son accrochage à Nantes. Il avait un tiers étendu en pensant avoir le tous risques. Confusion classique.

Technicien automobile inspectant un dommage de carrosserie dans un garage professionnel
L’expertise des dégâts : première étape de toute indemnisation

Ce que le tous risques ne couvre jamais, quel que soit l’assureur : la conduite sans permis valide, l’état d’ivresse caractérisé, l’usage sur circuit non autorisé. Ces exclusions sont légales et systématiques. Et si vous prêtez votre véhicule à un conducteur non déclaré ? Ça dépend de votre contrat, mais la franchise peut être majorée de 50 % ou plus.

Attention : Le délai légal de déclaration est de 5 jours ouvrés selon l’article L113-2 du Code des assurances. Pour un vol, ce délai tombe à 2 jours ouvrés. Passé ce délai, votre assureur peut refuser l’indemnisation s’il prouve un préjudice.

Franchement, si vous cherchez une formule complète avec des garanties clairement détaillées, des assureurs comme Matmut proposent une assurance auto Tous Risques qui explicite chaque niveau de couverture. Ce qui m’importe dans un contrat, c’est la lisibilité. Pas besoin d’un doctorat en droit pour comprendre si vous êtes couvert.

Tous risques ou au tiers : la vraie question à vous poser !

La question n’est pas « le tous risques est-il mieux ? » mais « est-ce que ça vaut le coup pour MON véhicule ? ». Et la réponse dépend d’un calcul simple que la plupart des conducteurs n’ont jamais fait.

D’après les données 2024 de France Assureurs sur l’automobile, la prime moyenne d’un véhicule de première catégorie s’établit à 480 € hors taxes. Sur un contrat tous risques, la responsabilité civile représente 34 % des primes et les dommages au véhicule 31 %. Autrement dit, vous payez environ un tiers de votre cotisation pour être couvert en cas de dégâts sur votre propre voiture.

480€ HT

Prime moyenne d’assurance auto en France en 2024

Le calcul à faire est brutal mais efficace : comparez le surcoût annuel du tous risques (généralement 150 à 250 € de plus que le tiers) à la valeur vénale de votre véhicule. Si votre voiture vaut 5 000 € et que vous payez 200 € de plus par an pour le tous risques, il vous faudra plus de 25 ans sans sinistre pour « rentabiliser » cette couverture. Sauf que votre voiture ne vaudra plus rien bien avant.

Quelle formule pour votre situation ?

  • Véhicule de moins de 5 ans ET valeur supérieure à 10 000 € :
    Tous risques recommandé. La décote est encore limitée, l’investissement mérite protection.
  • Véhicule de 5 à 10 ans ET valeur entre 5 000 et 10 000 € :
    Tous risques ou tiers étendu selon votre usage. Si vous roulez beaucoup et garez en extérieur, le tous risques reste pertinent.
  • Véhicule de plus de 10 ans OU valeur inférieure à 5 000 € :
    Tiers étendu souvent suffisant. Le surcoût du tous risques ne se justifie plus mathématiquement.
  • Véhicule neuf financé à crédit :
    Tous risques souvent exigé par l’organisme prêteur. Vérifiez les conditions de votre financement.
Couple discutant de leur assurance auto dans leur salon, ordinateur ouvert
Le choix de la formule : une décision à prendre en couple quand le budget compte

Je me souviens de Sophie, une conductrice de 52 ans que j’ai accompagnée après le vol de sa Peugeot 3008 à Villeurbanne. Véhicule de 4 ans, acheté 32 000 €. Elle était en tous risques, donc couverte pour le vol. Sauf que l’expert a estimé la valeur vénale à 18 000 €. Sophie s’attendait à bien plus. Sans garantie valeur à neuf (on y revient), elle a touché 18 000 € après 45 jours d’attente. La leçon ? Le tous risques ne protège pas de la décote. Il protège contre les sinistres, pas contre le temps qui passe.

Pour approfondir les subtilités entre formules, un article détaillé sur les différences entre tous risques et au tiers peut compléter votre réflexion.

Les options qui changent vraiment la donne (et celles qui sont du vent)

Voilà le terrain où je vois le plus d’erreurs. Les assureurs adorent vendre des options. Certaines sont indispensables, d’autres relèvent du remplissage pour gonfler la facture. Mon travail, c’est de vous aider à faire le tri.

Options qui valent leur prix

  • Garantie conducteur (protection corporelle si vous êtes responsable)
  • Valeur à neuf (indemnisation au prix d’achat pendant 2-3 ans)
  • Assistance 0 km (dépannage même devant chez vous)

Options souvent superflues

  • Protection juridique (souvent redondante avec autres contrats)
  • Garantie contenu du véhicule (plafonds ridicules, type 300 €)
  • Rachat de franchise intégral (le calcul est rarement favorable)

La garantie conducteur est celle que je recommande systématiquement, et pourtant elle n’est pas toujours incluse, même en tous risques. Elle couvre vos blessures corporelles si vous êtes responsable de l’accident. Sans elle, seule votre Sécurité sociale et mutuelle interviennent. Pour des séquelles lourdes, c’est insuffisant.

Sur la valeur à neuf, le principe est simple : pendant une durée définie (souvent 2 à 3 ans après l’achat), vous êtes indemnisé au prix d’achat en cas de vol ou destruction totale, pas à la valeur vénale. L’écart peut représenter plusieurs milliers d’euros. Pour un véhicule neuf, c’est une option que je trouve justifiée.

Conseil pro : Avant de signer, posez trois questions à votre assureur : quel est le plafond de la garantie conducteur (visez au moins 300 000 €) ? La franchise bris de glace est-elle à 0 € pour le pare-brise ? L’assistance fonctionne-t-elle dès 0 km ?

Les technologies de sécurité embarquées peuvent aussi influencer votre prime. Certains assureurs prennent en compte des équipements comme l’aide au freinage et réduction de prime pour ajuster leurs tarifs. Ça vaut le coup de demander.

À l’inverse, le rachat de franchise intégral me laisse sceptique. Vous payez chaque année pour potentiellement économiser 200 ou 300 € en cas de sinistre. Faites le calcul sur 5 ans sans accident : l’option vous aura coûté plus que ce qu’elle vous aurait fait économiser.

Vos questions sur l’assurance tous risques

À partir de quel âge de véhicule passer au tiers ?

Il n’y a pas de règle absolue, mais la logique économique dit ceci : quand la valeur vénale tombe sous les 5 000 à 6 000 €, le surcoût du tous risques devient difficile à justifier. Pour la plupart des véhicules, ça correspond à 8-10 ans. Mais un véhicule bien entretenu qui vaut encore 8 000 € à 12 ans mérite peut-être encore le tous risques.

La franchise est-elle négociable ?

Oui, dans une certaine mesure. Vous pouvez généralement choisir entre plusieurs niveaux de franchise (150 €, 300 €, 500 €). Plus la franchise est basse, plus la prime est élevée. Certains assureurs proposent aussi le rachat de franchise en option. Mon conseil : gardez une franchise modérée (autour de 300 €) plutôt que de surpayer pour du 0 €.

Que se passe-t-il si je suis en tort dans un accident ?

C’est précisément là que le tous risques fait la différence. Votre assureur indemnise les dégâts sur votre véhicule même si vous êtes responsable (moins la franchise). Avec un au tiers, vous ne touchez rien pour vos propres dommages. Par contre, dans les deux cas, votre coefficient bonus-malus sera impacté.

Le tous risques couvre-t-il le vol d’objets dans la voiture ?

Rarement de façon satisfaisante. La garantie « effets personnels » existe, mais les plafonds sont souvent dérisoires (200 à 500 €). Pour un ordinateur portable volé sur la banquette, vous serez mal couvert. Vérifiez plutôt votre assurance habitation, qui peut inclure une garantie effets personnels hors domicile avec de meilleurs plafonds.

Puis-je changer de formule en cours d’année ?

Oui, vous pouvez généralement demander un avenant à votre contrat pour modifier vos garanties en cours d’année. La prime sera recalculée au prorata. Attention toutefois : passer du tous risques au tiers peut nécessiter un délai. Et si vous avez un sinistre dans l’intervalle, c’est la formule en vigueur au moment du sinistre qui s’applique.

Les véhicules équipés de technologies de conduite autonome soulèvent de nouvelles questions de couverture. Pour anticiper ces évolutions, un éclairage sur la responsabilité en cas d’accident autonome peut s’avérer utile.

Et maintenant ?

Votre plan d’action cette semaine :

  • Estimez la valeur vénale actuelle de votre véhicule (Argus ou cote gratuite en ligne)
  • Relisez vos conditions générales : vérifiez le montant des franchises par type de sinistre
  • Contrôlez si la garantie conducteur est incluse et avec quel plafond
  • Comparez : demandez un devis tiers étendu et comparez l’écart avec votre formule actuelle

La bonne assurance, ce n’est pas la plus chère ni la moins chère. C’est celle qui correspond à la valeur réelle de ce que vous protégez. Un véhicule qui décote chaque année mérite une couverture qui s’adapte. Et si vous hésitez encore, posez la question à votre assureur : « Quel montant toucherais-je si ma voiture était détruite demain ? » La réponse devrait vous éclairer.

Précisions sur les garanties et exclusions :

Les garanties présentées correspondent aux standards du marché. Chaque contrat comporte des spécificités à vérifier. Les tarifs mentionnés sont des moyennes 2024-2025 et varient selon votre profil, région et historique. Certaines exclusions légales (conduite en état d’ivresse, défaut de permis) s’appliquent à toutes les formules.

Risques à connaître : déclaration tardive (>5 jours ouvrés), réparation hors réseau agréé (franchise majorée), valeur véhicule mal estimée à la souscription (sous-indemnisation). En cas de litige, contactez le médiateur de l’assurance : mediation-assurance.org.

Rédigé par Claire Mignot, conseillère en assurance auto depuis 2014, exerçant en cabinet de courtage indépendant en région lyonnaise. Elle a accompagné plus de 400 conducteurs dans le choix de leur formule d'assurance, dont 120 dossiers de sinistres tous risques. Son expertise porte sur l'optimisation du rapport garanties/prime et la négociation des franchises. Elle intervient régulièrement en formation auprès de jeunes conducteurs sur la compréhension des contrats d'assurance.